|
L'été 2004 nous vous avions eu l'honneur de tester des épées qui allaient faire parler d'elles : les mousses injectées, une technique exclusive de Calimacil. Après un test que j'avais voulu le plus complet et le plus objectif possible, nos cousins Trolls du Québec et Calimacil se sont remis au travail pour tenter de pallier aux quelques défauts de jeunesse de leur technique. Un an après, les revoilà annonçant de grandes améliorations. Incrédule j'ai demandé à voir … I – Progrès réalisés
Que ce soit sur le plan esthétique comme technique, les premières générations testées par Trollcalibur et quelques élus (dont l'association Anachrone) bousculaient déjà tous nos repères. Des armes quasi indestructibles, pouvant être produites en grandes séries, une finesse de détails sur la garde digne des meilleures armes en latex, et le tout réalisé par moulage ! Plus d'un Troll s'est cogné la tête dans sa caverne en entendant ça …
Dans mon précédent test, j'avais mis en avant quelques points négatifs qui handicapaient encore ces produits face aux réalisations issues de la technique aujourd'hui parfaitement maîtrisée du plastazote sculpté/latexé. J'en rappellerai brièvement la plupart lors de ce test.
Esthétique
- rendu de la lame : j'avais principalement reproché à ces armes l'aspect
de la lame : terne et granuleux. Face au rendu des armes latex finies à l'aérographe,
la lame des épées Canadiennes se posait comme un sérieux handicap sur un marché
aussi exigeant sur l'esthétique que sur la solidité. Sur ce point, une avancée
majeure a été faite.

La surface est lisse, d'une belle couleur métallique, laissant voir de légères
traces de lissage qui selon moi ont le mérite d'éviter le rendu "papier aluminium".
Autre avantage de cette peinture : elle augmente du même coup la résistance
de l’objet aux UV. C'est un grand bond en avant pour la qualité générale de
ces produits. En un mot : bravo!
- forme de l'ensemble : de loin, il semble que rien n'ai vraiment changé.
Tranchant épais, pointe coupée … polygone strict. Mais à y regarder de plus
près, une modification inattendue a été apportée à l'ensemble. L'épaisseur
de la lame est "progressive" ! Elle est plus fine vers la garde et va croissant
jusqu'à la pointe. Ceci permet une insertion plus élégante de la lame dans
la garde et permet de gagner un peu de poids. Très astucieux, je n’y aurais
pas pensé …
- démarcation du moule : de tous les handicaps des précédentes versions, celui-ci
était le seul qui m'avait paru vraiment gênant. Lorsque l'on dépense autant
d'argent pour une réalisation professionnelle, il me semble légitime de rechercher
la perfection. La différence de couleur était flagrante et à force, je ne
finissais par ne plus voir que ça. Sur ces nouvelles versions, il est certain
que des progrès ont été faits. Jugez-en vous-même par les photos avant / après.
 
La couleur reste globalement uniforme sur la garde et il faut y regarder de
près pour voir la trace du joint. Mais il reste encore des marques bien visibles,
notamment le long de la lame.
- Finition : globalement la finition me parait bien meilleure que celle des
précédents échantillons.

Les effets de relief et de patine de la garde sont bien plus marqués, la peinture
relativement soignée, ceci combiné au rendu métallique cité plus haut faisant
du tout ce que je qualifierais volontiers de "bel accessoire".
Technique
- touché de la mousse : par rapport aux premières versions, il semble que
la mousse soit plus ferme. Il est encore plus difficile de faire « claquer »
l’armature en fibre (frapper très fort sur une autre arme et produire un choc
quasi fibre contre fibre). Sans instruments de mesure précis il est difficile
de situer la fermeté de cette mousse, mais au toucher nous pourrions dire
qu’elle est légèrement plus molle qu’un plastazote de 30 Kg/m3 tout en etant
largement plus « nerveuse » (prompt à retrouver sa forme). Cette mousse m’apparaît
comme le compromis idéal entre solidité, sécurité et confort (de votre adversaire).
A mon avis, il ne faudrait pas plus dur … La technologie perdrait alors beaucoup
de son intérêt. On peut toutefois se demander si ce « touché » est du à un
changement dans la composition de la mousse ou à la nouvelle forme des lames.
(voir point suivant)
- forme de la lame : L'épaisseur du tranchant a été légèrement augmentée et
le tranchant rendu parfaitement plat. Cela semble être un gage de durabilité
supplémentaire.

Les arrêtes délimitant le tranchant semblent aussi bénéficier d’une épaisseur
d’élastomère (revêtement de surface) légèrement plus importante que sur le
reste de la lame. Qui dit plus d’élastomère dit plus de résistance à la déchirure,
même si déjà sur les précédentes versions nous étions bien au-delà de tout
ce que nous connaissions jusque à présent.
- renfort de la pointe : la pointe est sans doute la bête noire de la majorité
des joueurs fabriquant leurs propres épées en latex. On ne sait jamais trop
comment s’y prendre pour prévenir le perçage de la mousse par le bout de l’armature.
Avec les lames canadiennes, ce problème semblait être bien loin au vu de la
résistance à la déchirure de la mousse Calimacil. Combien de « forgerons »
j’ai fais bondir en me servant de mon épée canadienne comme d’une béquille,
pointe au sol… Cela n’a pas empêché les forges du Québec de nous surprendre
en se surpassant encore sur ce point. La pointe a été renforcée avec une matrice
de composite traité, une sorte de treillis indéchirable pris dans la masse.
La crainte d’empaler son adversaire sur l’armature en fibre de verre lors
d’un estoc fait désormais parti du passé.
- comportement à l'estoc : dans les premiers échantillons reçus, certains
modèles avaient une pointe plus longue que d’autres. Le problème de la pointe
longue est qu’elle se tord à l’estoc. Malgré la solidité remarquable de la
mousse gainant la pointe de l’armature, c’est un scénario que l’on préfère
éviter. La pointe a donc été raccourcie au maximum pour rester droite lors
d’un coup d’estoc. Parallèlement, la surface de la pointe a été augmentée.
Il reste suffisamment de mousse pour jouer son rôle d’amortisseur entre la
pointe de l’armature et la cible, même sur un coup très violent.

Un compromis idéal !
- swing : cet effet de fouet au-delà du contrôle de la frappe par le poignet
est due à une armature trop souple par rapport au poids de l’épée. C’est inconfortable
autant pour l'utilisateur que pour son adversaire. Ce défaut se faisait clairement
sentir sur les premiers échantillons testés et ne jouait pas en la faveur
des épées Canadiennes. Il fallait donc trouver un moyen de rigidifier l’armature
sans augmenter le poids déjà important de l’épée. Une armature de plus grosse
section n’était pas la solution, pas plus qu’une armature tout carbone (casse
lors des tests). Pourtant le problème a été habillement surmonté et aujourd’hui
résolu. Les épées longues reçues ne présentent aucun swing et ont ainsi largement
gagné en maniabilité. L’armature est restée de fibre de verre mais gainée
d’une écorce de carbone, offrant la solidité du premier matériau et la rigidité
du second.
Commercial
- gamme : Avec le moulage, quel qu’il soit, le problème réside souvent dans
le coût du moule. La gamme de l’année dernière offrait 3 modèles de garde
et 2 ou 3 longueurs de lames. Nous avions tous compris qu’il ne fallait pas
s’attendre à des possibilités de personnalisation infinies comme avec des
réalisations uniques en plastazote sculpté. Pourtant, la gamme s’est élargie pour
répondre à la demande ! Des gardes plus méchantes ont été ajoutées pour les
fans de personnages demi démons méchants tout pleins, fans visiblement assez
nombreux pour justifier le développement de nouveaux moules.

Un signe de succès et de prospérité pour le Troll aux Trousses ? Je l’espère
… Quoi qu’il en soit, la capacité du fabriquant à élargir sa gamme malgré
le coût élevé du développement de nouveaux modèles est selon moi un point
fort pour ces produits, je tenais à le citer.
- distribution : Pour les Européens, faire venir son épée à l’unité depuis
le Québec a un coût élevé. A l’époque de mon premier test la distribution
était un point faible, à moins de commandes groupées par le biais d’associations.
Pour percer en Europe auprès d’une clientèle de particuliers, il fallait trouver
un distributeur sur place afin de réduire les frais de transport. Réjouissez-vous
Trolls du vieux Continent car c’est chose faite ! Vous pouvez dès à présent
vous adresser à :
L’Echoppe Médiévale
Rue Berlioz 11100 Narbonne - FRANCE
tél : 04 68 49 59 47 fax : 04 68 49 56 60
echoppemedievale@wanadoo.fr
II – Points faibles
Soyons honnêtes, ces nouvelles générations sont un peu aux premières ce que l’épée boudin est à l’épée latex. J’exagère à peine … Toutefois, quelques défauts viennent encore ternir un bilan qui s’annonçait brillant. Ce sont des points de détail pour la plupart, qui sont insignifiants comparés aux avantages de la technologie, mais qui pourtant peuvent gâcher l’enthousiasme d’un joueur exigeant. Comme je l’ai déjà dit, lorsque l’on investi dans une réalisation professionnelle, on veut la perfection.
Esthétique
- démarcation du moule : comme nous l’avons vu, photos à l’appui, il y a eu une amélioration certaine sur ce point. Toutefois, je ne peux toujours pas m’empêcher de me focaliser sur ces petites irrégularités le long de la lame et sur la garde. Je ne peux pas dire que le problème a été totalement résolu même s’il a été grandement gommé.
Technique
- pommeau : coté sécurité, très rares furent ceux qui ont émis des craintes sur les premières générations. Le fait d’être assuré qu’une épée ne se dégradera pas au cours d’un jeu est déjà en soit un gage de sécurité très important. Seul le pommeau avait été mis en avant comme partie « dangereuse » car, fait dans le même matériau que la garde mais sur une longueur plus faible, il était du coup relativement dur. Un peu comme une semelle de chaussure … Sur ces nouvelles versions, pas de changement : toujours dur, malheureusement diront certains. Ensuite, nous pourrions débattre longtemps de « un pommeau dur est il vraiment dangereux » mais ce n’est pas l’objet de cet article.
- grande longueur : Parmi le lot reçu pour tests, il y avait une épée qui devait être une « bâtarde », longue d’environ 1m20. Si tous les échantillons offraient une rigidité idéale, celui-ci avait du swing, encore trop à mon goût. De plus, la forme globale de l’épée n’offrait pas assez de poignée pour la prendre à 2 mains. Au final, j’ai trouvé l’équilibrage de cet échantillon précis peu agréable. L’âme était t’elle en fibre de verre + écorce de carbone comme sur les autres échantillons ? Si c’est le cas, les cotes me semblent à revoir et la rigidité à augmenter. Maintenant, je n’ai pas assez d’informations pour généraliser à l’ensemble des pièces de grande longueur, ce sera donc à vous de voir.
III – Bilan
Une photo vaut toujours mieux qu’un long discours …AVANT / APRES :
Comme dit plus haut, le bon en avant est ENORME. Cette fois, en ouvrant le colis j'ai pu dire sincèrement « waouh », exclamation que les premières générations ne m’avaient pas arraché.
- Aspect : 17/20. De loin c’est superbe ! De près ça l’est toujours au premier coup d’œil. Mais est-ce dans la nature humaine de toujours chercher les défauts même dans les plus belles choses ? Au deuxième coup d’œil on peut se plaindre de la trace de la jonction des deux parties du moule. Le 18 sera pour le jour où cette marque aura totalement disparu. C’est vraiment histoire de faire le difficile …
- Solidité : 18/20. J’avais envie de mettre 20/20 mais vu que le fabriquant a réussi à faire mieux que la première fois qui me paraissait déjà être le maximum que l’on puisse faire, je me réserve un peu de marge. Je ne m’attendais pas à cette forme de la lame et au renfort de la pointe.
- Sécurité : 17/20. Un point de plus que la dernière fois pour le renfort de la pointe, mais toujours pas la note maximale à cause du pommeau. Personnellement ce point me donne peu de craintes mais je comprends tout à fait qu’il puisse en donner à des organisateurs soucieux par exemple.
- Utilisation : 17/20. Encore un point de plus pour l’écorce carbone qui rigidifie beaucoup l’ensemble. Certains se plaindront de ce point d’équilibre « réaliste », mais c’est un parti pris qu’il est difficile de discuter. On aime ou on n’aime pas, mais selon moi ce n’est pas vraiment un défaut en soi.
- Gamme : Pas de note sur ce nouveau point car il est difficile de comparer cette gamme avec celle des fabriquants d’armes latex. Toutefois, je salue quand même l’effort du fabriquant à répondre aux attentes de ses clients en développant de nouvelles gardes. De plus, l’exploitation de la mousse Calimacil n’en est qu’à ses prémices et des haches sont déjà en développement. Si les armes d’hast pointent le bout de leur nez, c’est bien que la technologie n’a pas fini de montrer ses possibilités.
Dans mon précédent test j’avais promis la note de 18/20 à
l’épée que je jugerai parfaite. Pour ces nouvelles versions, un 17/20 me parait
juste car il reste quelques points discutables (jointure, pommeau). De plus,
s’il y a une 3e génération, je n’ai pas envie de me retrouver à devoir attribuer
des notes de 25/20. ;) Mais globalement, ces épées latex présentent énormément
de qualités pour bien peu de défauts. Même si leur prix reste élevé, le haut
de gamme se paye et elles sont un investissement qu’il me semble difficile de
regretter.
Je souhaite au Troll aux Trousses et à Calimacil tout le succès
qu’ils méritent avec ses épées de GN du XXIe siècle.
|